Impôts : faut-il en avoir peur en tant qu’entrepreneur ?

Taxes, impôts. Que vous soyez une grande entreprise, ou un entrepreneur en herbe, voilà une question qui constitue un casse-tête pour plusieurs. Et non sans raison. Contrairement aux idées repandues c’est un aspect qui lorsqu’il est bien géré peut permettre à votre organisation de mieux évoluer dans le monde des affaires, et en tirer parti. Par contre, mal négocié, il peut causer les déboires de l’entreprise. Les grandes entreprises se font souvent conseiller par des firmes spécialisées ou des consultants qui maîtrisent la question. Qu’en est-il des jeunes entrepreneurs, qui veulent ou sont en train de se lancer dans le business ? (Je précise déjà et comme d’habitude que l’expression « jeune entrepreneur » ne fait pas référence à l’âge physique ou biologique, mais plutôt au fait que quelqu’un vient à peine de lancer dans le domaine de l’entrepreneuriat ou de création d’entreprise).

Avec la fin du mois d’avril, les entreprises de l’espace OHADA ont déposé leur déclaration annuelle de l’Impôt sur le Bénéfice des Sociétés autrement appelé Impôt sur les Bénéfices et Profits (IBP). C’est une exigence à laquelle doivent se soumettre toutes les entreprises, du moins celles qui fonctionnent dans le secteur formel et régulièrement enregistrées. En plus de cet impôt annuel, il existe également d’autres déclarations d’impôts à effectuer mensuellement, notamment la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), l’impôt professionnel sur les rémunérations (IPR), et bien sûr d’autres impôts et/ou taxes qu’il est important de connaître lorsque l’on veut se lancer dans l’entrepreneuriat. Et parfois il y en a toute une litanie.

La question de l’impôt est l’une des principales raisons pour lesquelles plusieurs entrepreneurs préfèrent rester en-deçà des radars de l’Etat, c.à.d. dans le secteur informel. Et il faut reconnaître que parfois nos administrations fiscales ne rendent pas les choses faciles. Non seulement ces multiples impôts ne sont pas bien connus et compris du public concerné, mais souvent ces administrations les utilisent plus comme une épée de Damoclès suspendue sur les têtes des entrepreneurs. Ces derniers se retrouvent de fois confrontés à des amendes pour des taxes qu’ils connaissent à peine. Un peu plus de pédagogie de la part des administrations fiscales serait toujours la bienvenue.

Néanmoins, le but que nous visons ici, c’est d’aider les jeunes entrepreneurs à travailler sur des paramètres dont ils peuvent avoir le contrôle, car il est plus facile et mieux avisé de s’éduquer soi-même financièrement que de se focaliser sur ce qu’on ne peut changer soi-même.

Voici donc quelques attitudes à avoir à l’esprit en rapport avec les impôts, et qui peuvent être utiles dans la perspective de la création et du développement de ses activités.

 

Savoir faire avec

Il ne faut pas avoir peur des impôts. Oui, tout commence par là : avoir le courage d’affronter la question si redoutée des impôts. En tant qu’entrepreneur, vous devez vous faire à l’idée que les impôts font partie de votre environnement de travail. La peur de l’impôt, et même la peur tout simplement, est ce qui fait commettre des erreurs à beaucoup de gens. Souvent on a peur des choses qu’à distance, mais en les approchant, en y regardant de plus près, on se rend compte généralement qu’il y avait plus de peur que de mal.

Le nombre d’années où vous fonctionnez dans l’informel à cause de la peur de l’impôt est une perte énorme pour votre entreprise, car votre entreprise n’existe pas formellement et ne peut donc pas capitaliser sur ce nombre d’années d’existence passées dans l’informel. Or l’ancienneté d’une entreprise, sa durée dans un secteur constituent parfois un critère important dans la passation des marchés.

 

Un entrepreneur ne paie pas d’abord l’impôt

Selon Robert Kiyosaki, auteur du célèbre Père Riche Père Pauvre (Rich Dad Poor Dad), c’est l’un des avantages considérables d’être entrepreneur. En effet, les autres reçoivent leurs rémunérations et font des dépenses uniquement après que l’Etat y en ait d’abord déduit l’impôt à la source ; les entrepreneurs eux font d’abord les dépenses et/ou investissements et de ce qu’il en reste, ils paient alors les impôts.

Un des avantages d’être entrepreneur, à la différence du citoyen ordinaire ou d’un employé, c’est que l’entrepreneur ne commence pas par payer l’impôt. Par contre, il collecte l’impôt pour le compte de l’Etat et le reverse à celui-ci selon les échéances fixées par ce dernier ! L’entrepreneur en tant que fournisseur des biens ou des services recueille les impôts auprès des utilisateurs finaux qui sont les clients qui se procurent ces biens et/ou services. Même lorsqu’il emploie de la main d’œuvre, ce n’est pas lui qui supporte l’impôt sur les rémunérations par exemple. Cet impôt est retiré sur la base salariale du travailleur. En dernier ressort, l’entrepreneur n’a pas payé l’impôt sur la rémunération ; il l’a collecté auprès de son employé et l’a reversé à l’Etat.

 

Bien se faire conseiller

En tant que jeune entrepreneur, il est toujours conseillé de recourir aux services moins onéreux des amis ou des membres de famille qui ont une certaine connaissance dans le domaine. Vous pourriez plus tard requérir des services plus professionnels à la taille de votre entreprise grandissante. Si vous prenez le temps d’étudier la question et de bien vous faire conseiller, vous verrez que c’est toujours prenable, et vous pouvez même découvrir des dispositions favorables pour votre jeune entreprise.

J’ai vu par exemple dans un des pays de l’espace OHADA où lorsqu’on enregistre convenablement son entreprise, on bénéficie de deux ans d’exonération fiscale !

Aussi, dans le choix des conseillers, notez que la perspective des agents des administrations fiscales et celle des sociétés privées de conseils sont bien différentes. Les publics sont souvent en mode maximisation des recettes de l’Etat, tandis que les privés cherchent à trouver les voies pour payer le moins possible mais selon les règles. C’est de bonne guerre.

 

Veiller à la forme de société et à la juridiction de ressort

Par quel type de société allez-vous commencer ? Est-ce une société unipersonnelle ou une Sarl ? Tout ceci détermine à quel type d’impôts vous allez être exposé et comment vous en serez affecté. Il est vrai que certains types de sociétés présentent plus d’avantages que d’autres en termes de fardeau fiscal, mais il faut voir aussi les implications juridiques. Dans certaines formes de sociétés, le fardeau fiscal n’est pas pesant, mais en tant qu’entrepreneur vous êtes légalement responsable des dettes commerciales de votre entreprise. En d’autres termes, si la société a des dettes, vous devrez les payer avec vos ressources personnelles si la société n’est pas en mesure de le faire. Alors que pour d’autres, vous n’êtes lié à l’entreprise que selon votre participation.

En plus de la forme de la société, il y a aussi les services administratifs auprès desquels vous enregistrez votre entreprise. Il arrive de fois que des entrepreneurs qui viennent à peine de se lancer se font enregistrer auprès des administrations fiscales qui s’occupent des entreprises moyennes ou plus grandes. Et de fois, ces administrations ne les orientent pas vers les services pour les petites entreprises. Et donc, ces jeunes entrepreneurs se retrouvent à supporter un poids fiscal qui n’est pas à leur taille. D’où la nécessité de se faire bien conseiller.

 

Prendre des risques calculés

Comme avec tout autre sujet du domaine de l’entrepreneuriat, la question des impôts implique des risques. La vie d’un entrepreneur est une vie de risques, mais de risques mesurés et calculés. Etre entrepreneur ne signifie pas être un casse-cou. Avant même de vous lancer dans votre nouveau parcours entrepreneurial, prenez le temps de bien étudier les différents paramètres. Et celui des impôts est fondamental. Si vous refusez de vous confrontez aux impôts, votre entreprise ne grandira jamais. Aussi, si vous passez par d’autres voies pour y échapper, cela pourra vous coûter cher si vous y êtes brusquement exposé sans préparation.

 

En définitive, certes l’on ne peut qu’espérer que nos Etats puissent engager des réformes pour créer un climat des affaires propice à l’émergence des entrepreneurs, véritables créateurs d’emplois et moteurs du développement. Mais de l’autre côté, les entrepreneurs, ou ceux qui désirent l’être, se doivent de se former et de s’informer en ce qui concerne les impôts pour bénéficier au maximum des incitations existantes et donner à leurs entreprises la possibilité de croître en toute légalité.

Retenons aussi qu’un entrepreneur véritable est toujours animé d’un esprit citoyen. C’est le bien-être de sa communauté qui lui importe au premier chef, et qui l’a poussé à créer des produits ou services à leur offrir pour répondre à leurs besoins, améliorer leur quotidien, et il en est récompensé lui-même par le profit qu’il en tire. Cela étant, il ne rechignerait pas à s’acquitter de ses impôts, dans la mesure où en le faisant il répond à ce double objectif de (nouvelle) citoyenneté et d’épanouissement personnel.

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